13 aspects de la Slovénie que nous avons vécus grâce aux locaux

 

Les bretelles de sacs à dos bien accrochées aux épaules, nous avons sillonnés les routes slovènes à la rencontre des habitants et profité des nombreux moments de partage avec la population locale pour en apprendre plus sur l’histoire, la culture et les particularités de leur pays. Petit tour d’horizon des découvertes qui nous ont le plus marqués.

 

Un Bled perdu par le tourisme

« A Bled, on consomme du tourisme ». La formule cinglante est signée Andrei et résume à elle seule l’opinion négative de l’ensemble des Slovènes vis-à-vis d’un des lieux les plus emblématiques du pays. Il est vrai que le lac de Bled, avec son île (la seule de Slovénie) et son église, offrent au cœur des montagnes une scène captivante. Mais l’endroit est envahi de restaurants, d’hôtels, de guesthouses, de complexes touristiques et, évidemment, d’une masse impressionnante de touristes. Plutôt que Bled d’ailleurs, beaucoup nous conseilleront le lac de Bohinj à quelques dizaines de kilomètres, plus grand et surtout plus tranquille. « Les touristes vont à Bled, les Slovènes à Bohinj » entendra-t-on régulièrement de la bouche même des habitants. Tout est dit.

Lac de Bled
La carte postale slovène par excellence
Un azur qui a la côte

Autre lieu emblématique du pays, la rivière Soča semble contrairement à Bled être bien mieux portée en estime par les locaux. Théa, une guide locale chez qui nous serons chaleureusement accueillis, nous la décrira avec beaucoup de poésie et de teintes bleutées. Il est vrai que, par endroits, la rivière se révèle vivement touristique (notamment à Borsec, Tolmin et Kobarid) mais le voyageur qui saura s’éloigner des centres d’attraction dénichera aisément quelques plages sauvages et paisibles où se prélasser.

Soca river
Et au milieu coule une rivière bleue
Nostalgie yougoslave

Svanko nous explique, en allemand, que la situation sous le régime yougoslave était « ni moins bonne, ni moins mauvaise ». A l’époque, dit-il, la vie était globalement meilleure mais il fallait rentrer dans le rang. On ne critiquait pas, on ne s’opposait pas au régime. « Aujourd’hui, on a la démocratie, mais moins de travail » soupire le cinquantenaire au volant de sa voiture qui l’emmène chaque jour de l’autre côté de la frontière autrichienne « pour y faire du business ». On retrouve dans beaucoup de pays de l’ex-Yougoslavie une certaine nostalgie de l’ancien régime, puissant et protecteur, même s’il est vrai que le discours est, à notre sens, moins fort en Slovénie que dans d’autres régions des Balkans non-membres de l’Union européenne. 

Yougoslavia
La Yougoslavie, c'est aujourd'hui 7 pays dont deux dans l'Union européenne.
Potiche et potica

Lorsque Melania Trump, originaire de Slovénie, rendit visite au Pape François en compagnie du cher Donald, le souverain pontife aurait demandé à la première dame si elle nourrissait son mari à la « potica », un plat typique slovène à base de brioche et de noix ou de cottage cheese. Cependant, sans qu’on sache très bien si l’erreur d’interprétation provient du traducteur, de Melania ou de la presse, le terme « potica » devint « pizza ». L’imbroglio fit grand scandale ici, selon Teodore qui nous restitue l’anecdote, car la « potica » est considérée comme un plat national et la confondre avec le célèbre mets du voisin italien, c’est clairement faire injure à la gastronomie locale.

Potica
Ceci n'est pas une pizza
Problèmes de voisinage

La Slovénie dispose au sud-ouest d’une petite ouverture sur la Mer Adriatique avec 42 kilomètres de côte très prisés des locaux en période estivale. Cependant, depuis plus de 25 ans, l’accès aux mers internationales et la possession d’une partie de la baie de Piran sont deux points de profonde discorde avec le voisin croate, lequel aurait pâti de l’affaire par une entrée retardée dans l’Union européenne. Côté slovène, on nous raconte que depuis l’éclatement de la Yougoslavie, la Croatie chercherait sournoisement à priver leur petit pays de l’accès aux mers internationales pour mieux en jouir du monopole régional. Finalement, le 29 juin 2017, soit quelques jours avant notre entrée dans le pays, la Cour Permanente d’Arbitrage a établi de façon précise la frontière dans la baie de Piran et a accordé à la Slovénie le droit d’un accès aux mers internationales grâce à un corridor qui traverse les eaux croates.

 

Slovénie Trip
La Croatie conteste déjà la décision...
La fête au village

Un samedi en été, chaque village slovène se rassemble pour festoyer lors du traditionnel veselica local, terme qui signifie littéralement « fête ». Un accordéon grinçant, quelques pas de polka, une demi-douzaine de bières et un cochon de lait à la broche, le tout dans une salle communale comble ou sous quelques tentes dressées au centre du village. Voilà ce qui attend le voyageur qui aura l’heureuse idée de s’immiscer dans la fête parmi les locaux. L’aventureux pourra même participer à quelques jeux traditionnels, tels que la tombola, la course de sacs ou le bien-nommé lancer de pommes de terre. Classique mais infaillible pour se mettre dans l’ambiance.

Veselica
L'ambiance au village atteint des sommets
Duel verbal

Quand bien même elles partagent des racines communes plus ou moins fortes, toutes les langues slaves ne se ressemblent pas. A titre d’exemple, le slovène serait une des rares langues d’Europe à consacrer une forme duelle complète, c’est-à-dire une forme grammaticale qui se différencie du singulier et du pluriel. Un vocabulaire et des règles spécifiques s’appliquent alors chaque fois qu’on parle d’une paire. Le « nous » français peut ainsi se traduire mídva ou mi, selon si on est deux ou plus de trois, et la conjugaison varie elle-même en conséquence.

Langue duelle
C'est pas faux...

 

Une cascade aux effets spéciaux

Voilà sans doute une des plus belles trouvailles de notre voyage, et nous la devons à Matic, un jeune slovène de la région de Nova Gorica. Avant de le quitter, Matic nous avait dressé la liste de ses lieux préférés le long de la rivière Soča insistant toujours sur la beauté de la cascade de Kozjak. Le jeune homme avait également pris soin de nous détailler le chemin à emprunter pour y accéder, une précaution presque futile tant l’endroit est très bien indiqué. Une passerelle est même aménagée pour permettre aux nombreux touristes d’admirer la chute d’eau de face. Néanmoins, c’est certainement en se baignant dans l’eau (un peu froide mais justement désertée) qu’on appréciera pleinement le spectacle.

Kozjak waterfall
Comme un poisson dans l'eau
Le dessous du Karst

Située au sud de Ljubljana, la grotte de Postojna est une des plus visitées d’Europe. L’immensité de ses galeries (elles se visitent en train !), son château, ses fameux « dragons » (en fait, des protées anguillards) et son marketing bien huilé en font naturellement un des lieux les plus visités de Slovénie. Pourtant, nombreux sont les locaux qui nous conseilleront plutôt les grottes de Škocjan, également situées sur le haut-plateau du Kars (lequel a donné son nom aux fameuses structures « karstiques »). Plus petites, elles sont aussi moins prisées des touristes et, de ce fait, moins chères. Cependant, elles n’en sont pas moins fascinantes et sont d’ailleurs inscrites depuis plus de trente ans sur la liste du patrimoine mondiale de l’UNESCO.

Karst
Claustrophobes, s'abstenir!
Fontaine, je boirai bien de ton eau

Si les sinueuses routes du vin valent bien un détour et quelques dégustations, les champs de houblon autour de Celje méritent eux-aussi leurs demies pintes de gloire. Attention néanmoins à ne pas s’attirer les foudres de Blaz en commandant une bouteille de Union, la bière « commerciale » de Ljubljana. A la place, demandez une Bevog ou une Pelicon, bien « plus locales et savoureuses ». Quant aux amateurs de mousse qui ne sauraient choisir, ils apprécieront certainement l’attraction la plus célèbre du village de Žalec : la fontaine de bières ! Les touristes de tout horizon affluent pour goûter aux six bières différentes, toutes produites dans la région, proposées en libre-service (contre quelques euros) sur la place principale de la commune. Une idée géniale qu’a eu la maire du village, laquelle n’est autre que la sœur de Blaz...

Biere slovenes
Au menu du jour
Du sang et de l’encre

Les passionnés d’histoire et les férus de littérature se trouveront un amour commun à Kobarid. Le lieu fut en effet l’objet d’un terrible affrontement entre les forces italiennes et austro-hongroises lors de la première guerre mondiale. La bataille de Caporetto (ou Karfreit pour les allemands) s’est soldée par une très lourde défaite pour le camp italien et restera, nous explique-t-on, un évènement fort de l’histoire italienne (et ce sont des slovènes qui le disent !). Mais c’est probablement Ernest Hemingway qui a le plus contribué à la célébrité de Kobarid en retraçant dans son roman L’Adieu aux Armes l’histoire de la bérézina italienne.

L'adieu aux armes
Un peu mieux que les livres de plage...

 

Deux sœurs jumelles

Le voyageur qui s’aventurera dans la partie occidentale du pays sera probablement déçu de ne trouver à Nova Gorica, pourtant parmi les principales agglomérations de Slovénie, aucun centre historique majeur et peu d’architecture attirante. La raison de cette absence d’histoire visible est justement historique. La ville de Nova Gorica, littéralement « Nouvelle Gorica », est née au sortir de la seconde guerre mondiale. Elle est la sœur jumelle de l’actuelle Gorizia, la ville italienne sise de l’autre côté de la frontière. A l’origine, Gorizia était une ville à majorité slovène, et donc yougoslave, mais après plusieurs épisodes tumultueux elle a été le 15 septembre 1947 annexée au territoire de l’Italie. La plupart des habitants slovènes ont alors fui pour s’établir dans une « Nouvelle » Gorica bâtie selon un style hâtif mais peu reluisant…

 

Depuis l'entrée de la Slovénie dans l'espace Schengen, les deux villes ne forment quasiment plus qu'une.
Love ou la poule

La belle aubaine pour le tourisme slovène. Le nom même de SLOVENIE (ou SLOVENIA pour les plus anglophones) contient le terme LOVE (qui signifie « amour », pour les moins anglophones). Le filon était alors tout trouvé pour les acteurs du tourisme, lesquels n’ont pas beaucoup dû forcer leur esprit créatif pour surexploiter, à grand coup de marketing, de slogan et de hashtags, la fibre romantique. On reconnaitra volontiers que le symbole était plus « vendeur » que celui du poulet, associé dans l’imaginaire collectif des locaux à la forme géographique du pays. C’est dommage néanmoins car il y avait sans doute de quoi pondre un joli logo…

Chicken slovenia
#sLOVEnia
Source : 22words
 

 

Si cet article t'a plu, n'hésite pas à laisser un commentaire ou à nous suivre sur notre page Facebook. Et si tu es tenté(e) par ce genre de voyages alternatifs, à la rencontre des locaux et centrés sur l'échange et le partage, alors n'hésite pas à nous contacter!