14 aspects de la Norvège vécus grâce aux locaux

 

L'ouverture d'esprit et la bienveillance des Norvégiens sont loin d'être des légendes. Parti de France pour un périple de deux mois à vélo et en solitaire, j'ai été accueilli partout avec la chaleur d'une hospitalité sincère et naturelle. Chaque jour les locaux m'ouvraient les portes de leur maison, nourrissaient ma curiosité, et me permettaient de faire l'expérience de la vie "à la Norvégienne". Je vous présente ici quelques unes des découvertes, parfois surprenantes, que j'ai pu faire lors de mon voyage.

 
 1. Du Kaviar en tube

En Norvège, le Kaviar ne coûte que quelques couronnes. Bien loin du produit de luxe homonyme, il désigne en réalité un mélange crémeux d’œufs de cabillaud (très) salés présenté dans un tube en aluminium. Les Norvégiens en raffolent, notamment au petit-déjeuner, et s’amusent de son nom volontairement trompeur. A défaut de mériter le titre de « découverte gastronomique », le Kaviar norvégien s’arroge donc celui, moins reluisant, de coup marketing efficace.

Ce n’est d’ailleurs pas le seul aliment vendu en tube puisqu’on retrouve au même rayon tout une panoplie de crèmes de poisson ou de « fromage » aromatisées au salami, au crabe, au bacon…
L’art culinaire se retourne dans sa poêle.

Tubes à essai gastronomique

 

2. Et du fromage à la pelle

En matière de curiosités, les supermarchés de Norvège ne sont pas avares en belles pépites. En tête de gondole, on trouvera le Brunost ou « fromage brun ». Si la couleur est plutôt fidèle à la réalité, on émettra quelques réserves sur l’appellation du produit laitier tant le Brunost ressemble franchement plus à un bloc de pâte à modeler au caramel qu’à un fromage tel qu’on l’entend habituellement. Néanmoins, le cube marron est présent sur toutes les tables des Norvégiens, lesquels semblent apprécier son goût sucré qui chatouille la langue quand on en abuse. On le mange indifféremment avec de la confiture, du kaviar, des anchois, des rondelles d’œuf dur ou de salami, ou n’importe quoi d’autre qui se prête à l’expérimentation, mais toujours sur une tartine ou, mieux, une biscotte suédoise Wasa®. Sa texture pâteuse exige aussi d’employer un couteau à fromage particulier en forme de pelle à tarte (inventé selon Anja dans sa ville d’origine de Lillehammer), le ostehøvel – littéralement le rabot à fromage. Pour une belle tranche, tout en finesse.

L'ostehøvel, beaucoup moins pratique avec un camembert coulant

 

3. Le monopole des liqueurs

Pour lutter contre l’alcoolisme, la Norvège comme ses voisins nordiques a décapsulé l’artillerie lourde. D’abord, les prix y sont à la limite du prohibitif en raison des taxes importantes qui sont appliquées aux produits d’alcool. Mais surtout, c’est l’accès à l’objet du péché lui-même qui est contrarié. Au-dessus de 4,75% de teneur en alcool, la bouteille ne peut être vendue et distribuée que par un vinmonopolet, un magasin spécialisé sous contrôle du ministère de la santé et qui n’est ouvert qu’en semaine à des heures spécifiques. Il vaut donc mieux ne pas oublier de faire ses provisions à l’avance en vue du barbecue du week-end, sinon c’est au cidre doux que les invités devront se saouler.

La réglementation ne déplait cependant pas à tout le monde, et surtout pas à ces quelques jeunes opportunistes payés pour assister aux soirées et ramener les ivres morts en vie. Car la sobriété au volant est un autre cheval de bataille du gouvernement, lequel affiche une tolérance zéro à la conduite en état d’ivresse. Zéro, c’est d’ailleurs le taux d’alcoolémie autorisé sur les routes de Norvège.

Alerte au rouge

 

4. Le snus, l’opium du peuple norvégien

A l’instar de l’alcool, le tabac fait l’objet d’une lourde régulation fiscale. De ce fait, le prix moyen d’un paquet fluctue entre 10 et 12 euros, ce qui, dans un pays où le niveau de vie et le salaire moyen sont très élevés, semble loin d’être scandaleux. Ce n’est cependant pas de l’avis des fumeurs norvégiens qui se sont à la place forgés un amour pour le snus, beaucoup moins cher surtout quand il provient de Suède. Il s’agit d’une poudre de tabac humide, de couleur noire, qu’on tasse avec les doigts et qu’on cale entre la lèvre supérieure et la gencive. S’il y a donc peu de risque d’être importuné par une quelconque fumée de cigarette, il est par contre hautement probable d’assister à un savoureux spectacle chaque fois qu’un « snusseur » changera sa munition.

Le Snuss fait un tabac en Norvège et en Suède

 

5. En VoITURE, EOLE!

On admire souvent les pays scandinaves pour leurs politiques en matière de développement durable. A titre d’exemple, la Norvège a depuis plusieurs années déclaré la guerre à la pollution automobile en taxant drastiquement les nouvelles voitures à essence, même importées. Le prix passant du simple au double selon qu’il est calculé avant ou après taxes, on comprend mieux pourquoi les Norvégiens son si peu pressés de se débarrasser de leurs vieux véhicules.

A l’inverse, une longue série de mesures incitatives a été mise en place pour favoriser l’émergence de la voiture électrique : réduction fiscale, parking non payant, crédit pour l’installation de bornes de rechargement... Le succès est tel que la Norvège détient aujourd’hui le record du nombre de véhicule vert par habitant, celui-ci ayant explosé en l’espace de quelques années. Et ce n’est pas anodin pour un pays disposant de la plus grande réserve de pétrole d’Europe de l’Ouest.

Des voitures connectées
6. Le crabe aux pinces d’or

Dans les années 1960, le Crabe Royal du Kamtchatka, originaire des eaux d’Alaska et de Sibérie, a été artificiellement introduit par l’Union soviétique dans la mer des Barents. Le but était de favoriser le développement – et donc la pêche- du crabe le plus cher au monde. Le prix au kilo s’élève en effet à près d’une centaine de dollars.

Accueilli chez Renée et son mari, j’ai eu la chance de goûter à la chair véritablement exquise du monstre, dont une patte suffit à combler un petit-déjeuner. Mais si le bon vivant en pincera pour le « Crabe de Staline », il ne faudra pas oublier que la propagation extrêmement rapide de cette espèce dans les eaux de la Mer du Nord est une véritable catastrophe pour l’écosystème car, sans prédateur naturel, les crabes fourmillent sur les sols marins et dévorent tout.

 

 

7. Le Russefeiring

Les Norvégiens affirmeront que le meilleur moment de leur cursus eut lieu justement lorsque ce dernier prit fin. Non pas que le système éducatif y est catastrophique (bien au contraire !) mais parce que leur enterrement de vie lycéenne n’a pas son pareil dans le monde. Répondant au nom de « Russefeiring », la célébration s’étend sur plusieurs semaines en mai. Le long et rude hiver qui s’achève alors réveille les âmes à peine matures des jeunes Norvégiens, lesquels revêtissent fièrement leurs costumes – à mi-chemin entre la combinaison de ski et la salopette – aux couleurs de leurs filières respectives. Pendant des jours, les Russ s’adonnent à une vie de débauche, entre danses, défis et soirées, le tout arrosé par un alcool coulant à flots. Ils s’en vont par dizaines dans des vans ou camions qu’ils louent sans être certains de l’état dans lequel ils le rendront et distribuent partout des cartes de visite à leur effigie, sur lesquelles ils ont pris soin d’inscrire quelques une de leurs meilleures blagues.

Si la gloire semble assurée à celui qui dépensera une fortune et organisera les meilleures partys, le diplôme, lui, est loin de leur être acquis. Car oui, le Russefeiring se déroule avant les examens finaux

Une fan de Game of Thrones

 

8. The Hurtigruten

Certains Norvégiens le décrivent comme une formidable croisière arctique, idéalisant ce qui à la base n’est rien d’autre qu’un ferry longeant la côte Norvégienne et reliant Bergen à Kirkenes en 35 escales. Bien que les ferrys soient des moyens de transport courants pour traverser les fjords ou passer d’une île à l’autre, le Hurtigruten, lui, est d’un tout autre calibre. La société qui l’exploite a réussi à en faire un concept de loisir et de tourisme réputé, proposant des services de luxe et diverses activités à ses clients. Et c’est presque avec une ferveur religieuse que, depuis la côte, on assiste quotidiennement au passage de ces mastodontes flottants, les uns naviguant vers le Nord, les autres vers le Sud.

A ferry tale
9. Les îles Lofoten, îles aux TRESORS

Les Lofoten sont loin d’être des îles faciles. Charmeuses et capricieuses, elles jouent avec l’optimisme du voyageur comme la coquette s’amuse avec ses prétendants. Tantôt elles dévoilent leurs courbures merveilleuses et laissent un soleil radieux caresser leurs reliefs. Tantôt, elles se dissimulent sous la pudeur épaisse d’un brouillard blanc ou derrière les barreaux d’un crachin incessant. Leurs humeurs sont changeantes, en proie aux vents marins qui depuis le large charrient indifféremment nuages, embellies, tempêtes, et coins de ciel bleu.

Telle est donc la prose qu’on me répétera tout au long de mon périple vers les îles Lofoten. Et si le soleil et les vents chauds de Russie ont souri à mon arrivée, les pêcheurs qui m’ont accueilli n’ont cessé de saluer ma bonne étoile. Mais que ce soit sous un ciel radieux ou un brouillard mystique, les îles méritent clairement leur réputation de bijou naturel tant elles offrent à chaque détour de fjord un spectacle fascinant de calme et de puissance.

Historiquement, on y vit de la pêche. On retrouve d’ailleurs ici ou là les marques d’une activité authentique qui s’est néanmoins fortement développée et industrialisée avec le temps. Le contraste surprend parfois, les immenses cercles d’élevage du saumon faisant face aux armatures en bois utilisées en hiver pour le séchage du poisson, et les immenses hangars de tôle côtoyant les petites baraques rouges de pêcheurs.

 
10. Le hytter.

Le hytter est cette résidence secondaire que toute famille scandinave se doit de détenir. Avoir un hytter ce n’est pas juste disposer d’un lieu pour passer les week-ends ou changer d’air, c’est surtout une norme culturelle scrupuleusement suivie dans tout le pays, une étape dans la vie du Norvégien entre le mariage, les enfants et la retraite. Il y passera ensuite la plupart de son temps libre, ses vacances, dimanches et jours fériés, et se refusera bien souvent de voyager ailleurs, dans d’autres régions ou dans d’autres pays, jurant que son hytter se situe dans le plus bel endroit de la terre. C’est là un trait de la Norvège qu’on ne peut juger mais dont on peut sourire, surtout lorsque ledit hytter ne se situe en vérité qu’à quelques centaines de mètres de la demeure principale, voire même carrément dans le jardin.

 

La cabane au fond du jardin
11. Tromsø, le Paris du Nord

A mon retour en France, j’ai eu l’agréable surprise de voir circuler sur les réseaux sociaux un article publié dans Nordlys, un journal local (littéralement « Aurore Boréale »), au sujet de mon séjour chez une famille de Tromsø. Si le texte (et sa traduction Google) est assez amusant, il m’a surtout permis d’apprendre que la ville de Tromsø était surnommée le « Paris du Nord ». La disposition de la ville et son île centrale rappelleraient en effet l’île de la Cité au cœur de la capitale française. L’analogie s’arrête cependant là, la butte de Montmartre échouant visiblement à imiter les hautes montagnes du comté de Troms.

Le jeu de mot était dès lors tout trouvé pour le journaliste qui n’a pu s’empêcher de décrire l’itinéraire de mon périple comme reliant « un Paris à l’autre ». Un pari osé pour lui, et sportif pour moi donc.

"Le français Christophe est soudainement apparu chez Johnny - De nombreuses femmes célibataires ont offert de mettre à disposition leur jardin" (Lien vers l'article original)
12. Saami, Saami but different

Les Saamis constituent le plus grand groupe autochtone d’Europe. Appelé aussi Lapon -un nom qu’ils n’apprécient d’ailleurs guère-, ce peuple vit sur un territoire qui s’étend au-delà de la Laponie, depuis les terres russes de Kola aux côtes nord de la Norvège. Dans une région menacée par le réchauffement climatique, la déforestation et l’exploitation des terres, la protection de leurs droits et de leurs savoirs devient primordiale. En 1956, un Conseil Nordique (aujourd’hui Conseil Saami) a vu le jour à Karasjok avec pour ambition de représenter les intérêts des Samis des quatre pays. En Norvège également, un Parlement Sami a compétence pour décider des sujets portant directement sur le peuple indigène, tels que la langue, l’éducation, la gestion du territoire. Dans certains cas, une collaboration entre le Parlement national norvégien et l’assemblée Sami est alors nécessaire pour entreprendre des réformes législatives.

Ayant eu la chance d’être accueilli plusieurs jours par une famille descendant des Saamis, j’ai pu en apprendre plus sur leurs savoirs et certains aspects de leurs traditions. De quoi me donner envie six mois plus tard d’aller effectuer un stage de recherches sur le droit des Saamis au Centre Arctique de Rovaniemi, en Finlande.

Le drapeau Saami est constitué d'un cercle qui évoque le tambour du chaman. Chacun des demi-cercles représente la lune et le soleil. Les éléments centraux de la vie des autochtones sont également présents à travers les couleurs traditionnelles des Saamis : le feu, la nature, le soleil et l'eau.
13. Le rythme de la vie

Soumis à d’interminables nuits en hiver et à de longs jours en été, les Norvégiens ont adopté un rythme de vie quelque peu différent du nôtre. Se levant très tôt, ils prennent le petit-déjeuner vers 7 heures et savourent un repas volontaire complet leur permettant de tenir toute la journée de travail, laquelle débute généralement vers 8 heures. En guise de déjeuner, ils emportent avec eux un ou deux sandwiches qu’ils avalent peu avant midi. Puis, vers 16 heures, la journée de travail prend fin et laisse place à une longue soirée de loisirs. Affamés, les Norvégiens dînent aux alentours de 17h30 mais n’excluent jamais de reprendre un petit snack plus tard vers 22 heures.

 

14. Le Cap Nord

Ah, cher Cap Nord ! Trop de fois j’ai tenté de t’atteindre, renonçant à te voir autrement que comme l’aboutissement d’un projet fou, comme la ligne d’arrivée d’un périple épique. En stop, à vélo, puis en stop à nouveau, chaque fois j’ai échoué à caresser du regard ton horizon qu’on dit mystérieux et magnifique. Contraint par la jeune peur du voyage seul, par les problèmes techniques, le manque de temps (il faut dire que la route est longue pour venir à toi !), le froid, l’hiver interminable, et par une litanie de prétextes plus longue encore, j’ai dû rebrousser chemin.

Maigre consolation de mes échecs cuisants, j’ai aujourd’hui épousé le discours entendu tant de fois de la bouche des Norvégiens eux-mêmes. Tu es une arnaque à touristes prêts à payer l’entrée d’un désert et assister au spectacle aveugle d’un brouillard épais. Tu es un lieu fallacieux, étant ni un cap mais une île, ni le point le plus au Nord – lequel te fait face à quelques kilomètres et se rit de toi et de tes hordes de camping-cars.

Mais bon. Je n’abandonne pas de te rendre visite un jour, quand même.

 

 

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