16 aspects de la Roumanie que nous avons vécus grâce aux locaux

En voyageant à la rencontre des locaux, nous avons pu faire l'expérience de quelques spécificités de la Roumanie. En voici un petit échantillon...

1. Des voitures, beaucoup de voitures

C’est à coup sûr le première chose qui étonne, ou choque, dès que l’on pénètre dans les grandes agglomérations. Le trafic automobile y est omniprésent, impressionnant, vrombissant, et s’accompagne de ses interminables files d’embouteillage, de sa pollution, de ses bruits et odeurs et de tout ce cortège de plaisirs qui lui sont (pas) propres. D’après Costin, notre hôte et guide de Bucuresti, la Roumanie se classerait même parmi les premiers pays au nombre de voitures par habitant. Un palmarès qui, nous dit-il, ne fait pas vraiment la fierté des Roumains quand bien même ces derniers restent attachés à leur constructeur national et emblématique, Dacia.

Une aubaine pour l’auto-stoppeur ? Non, clairement, on s’en passerait bien.
2. Et des charrettes aussi

C’est à coup sûr la première chose qui étonne, et amuse, dès que l’on s’aventure un peu hors des agglomérations et qu’on se perd dans les campagnes. Là il n’est pas rare de croiser une charrette tractée par un cheval ou deux qui s'avance sereinement sur les routes nationales. Les Roumains utilisent encore beaucoup ce moyen de transport authentique, davantage pour charrier le foin, le bois ou le fumier d’une ferme à l’autre que pour se déplacer sur de plus longues distances. Quant au voyageur, il apprécie l’agréable voyage dans le temps, et pourra même carrément le vivre s’il a la chance d’être pris en stop !

3. L’auto-stop, l’alternative au bus

D’ailleurs, parcourir tout le pays à la seule force de notre pouce levé ne fut pas une tâche bien compliquée. L’auto-stop est une pratique répandue en Roumanie et il y a de grandes chances de croiser des Roumains de tout âge attendant sagement sur le bord du chemin qu’une âme charitable s’arrête, parfois sans même qu’ils aient à tendre la main.

Plus d’une fois on nous recommandera de nous poster aux arrêts de bus. Les automobilistes y font fréquemment une halte pour prendre les usagers trop impatients pour attendre les transports en commun (appelés ici "maxitaxi" ou "microbus"). Bien qu’on ne puisse douter de la bienveillance désintéressée de ces automobilistes, il n’est pas rare non plus que leurs opportuns passagers leurs reversent les quelques lei (la devise locale) à l’origine destinés au chauffeur du bus.

4. Le claie des champs

Symbolisée par ces charrettes qui sillonnent les routes, la campagne roumaine ne vit pas encore au rythme de la machine et du tracteur. Ainsi, le foin est toujours ratissé à la main puis amassé en immenses monticules qu’une structure rudimentaire en bois maintient en équilibre. Ces meules, appelées claie en roumain, dessinent le paysage rural et incarnent à elles seules toute l’authenticité du pays.

Une paire de meules
5. Le bois

Présent en abondance dans la région, le bois constitue une matière première fortement exploitée par la population pour se chauffer et cuisiner. Invités chaque soir chez les locaux, nous avons pu constater certains traits communs aux maisons roumaines, notamment dans les campagnes. Dépourvue de chauffage centrale, chaque pièce à vivre dispose de son poêle à bois. Les repas sont souvent préparés sur une cuisinière à flamme et, dans la salle de bain, l’eau est chauffée dans un ballon qui surmonte un petit poêle. La découpe et le stockage des bûches font naturellement partie des gestes quotidiens des paysans roumains.

Néanmoins, Marius, un étudiant en sylviculture, nous a fait part de son inquiétude concernant la surexploitation de la ressource et le difficile renouvellement des forêts pour les décennies à venir.

La découpe est pleine
6. Deux Dracula

[SPOILER ALERT] Non, le comte Dracula n’a jamais existé. Et c’est une aubaine pour le tourisme roumain qui s’est emparé des contours flous de la fiction pour nous présenter non pas un mais deux châteaux de Dracula ! Le premier et le plus célèbre est le château de Bran à une bonne centaine de kilomètres de Bucuresti. Le fameux « Dracula » y serait associé à Vlad III ou Vlad Dracula surnommé sympathiquement « l’empalleur » en raison des activités auxquelles il aimait s’adonner avec le corps de ses ennemis. Et puisqu’on n’est pas à une approximation près pour faire tourner la billetterie du musée et vendre des porte-clés de vampire, il paraît même que ce cher Vlad III n’aurait jamais résidé à Bran.

Ce qui est encore plus drôle, c’est qu’en nous rendant dans la partie nord du pays, les locaux nous ont assurés que le « vrai » château de Dracula n’était pas celui de Bran. Non, non, non. La vraie, et authentique demeure est à chercher du côté de Bistrița dans un manoir reconverti en hôtel (business oblige) que nous nous féliciterons presque de n’être allés voir qu’en image sur Google.

Peut-on vraiment reprocher aux Roumains de sur-jouer la légende ? Après tout, il y a bien deux Pères Noël au village de Rovaniemi en Finlande…

Non loin de Bran, le château de Peleș mérite peut-être plus le détour
7. Les produits du jardin

Dans les campagnes, chaque maison dispose de son lopin de terre, plus ou moins vaste, que les habitants exploitent sous toutes les formes possibles, en potager, en verger, en petite ferme familiale, ici un poulailler, là un champ, derrière la grange une étable et deux vaches, là au fond une ruche. Nos hôtes sont très heureux de partager avec nous des repas entièrement préparés à partir des produits de leurs labeurs et de leur jardin : œufs pondus le matin, fromage (brânză), saucisses du cochon qu’on a tué l’hiver dernier, pommes de terre et cornichons, confiture maison... « Bio », « bio » on nous répète fréquemment, mot universel par excellence qui justement exprime l’excellence. Et ils ont toutes les raisons d’en être fiers, de leur délicieuse production.

Les trois petits cochons
8. La pollution des rivières

La Roumanie est loin de pouvoir se vanter de ses efforts en matière d'écologie et de respect de l’environnement. Les rivières, et les zones naturelles en général, sont gravement polluées par les déchets, bouteilles et sacs plastiques en tout genre. Si les locaux que nous avons croisés regrettent fortement cette plaie béante, la situation semble malheureusement ne pas aller en s’arrangeant. Et c’est bien triste de voir ce pays si authentique et naturel contribuer à sa propre défiguration…

9. Trois spécialités culinaires

Voyager au rythme des rencontres locales, c’est partager avec les habitants les repas typiques du pays. Parmi les délices que nous avons goûtés, il y en a trois qui nous ont marqués.

Le ciorba est une soupe, ou plus exactement un bouillon, et un élément central de la gastronomie roumaine. Il peut constituer un plat à part entière mais est plus fréquemment servi comme une entrée avant le plat principal. Lors de notre passage dans la partie moldave, Dimitru nous fait découvrir le ciorba d’intestin de vache, relevé à l’ail et aux rondelles de piment doux.

A Săpânța, Gheorghe et sa mère Anuta nous ont servi, juste après un ciorba de légumes, une autre spécialité de Roumanie : les sarmale. Ce sont des rouleaux de chou cuit farci à la viande que nous dévorons accompagnés de crème fraiche (smântână).

Plus au sud, chez Ionel, nous participons à l’élaboration d’un autre plat typique, le pui ca la Ciocăneşti ou « le poulet de Ciocăneşti ». D’après ce que nous comprenons des explications de notre hôte, il s’agit d’un met que les bandits préparaient dans les forêts à l’abri des garnisons qui surveillaient les lieux. Le poulet est cuit avec des tomates, lesquelles servent ensuite à préparer une sauce à la crème et à l’ail (le jui). L’ensemble est finalement servi accompagné de Mămăligă, le nom roumain pour la polenta.
De l’aveu de Ionel, c’est la première qu’il s’essayait à cette recette et il semblait plutôt satisfait du résultat. Néanmoins certainement pas autant que nous !

10. Un joyeux cimetière

Le cimetière joyeux de Săpânța, à quelques centaines de mètres de la frontière ukrainienne, est une des attractions touristiques les plus célèbres de la Roumanie, au même titre que les mines de sel et les volcans de boue. Nous n’avions aucune idée de son existence jusqu’à ce que Leila, et beaucoup d’autres Roumains sur la route, nous exhortent de nous y rendre. Il est vrai que le lieu est clairement atypique, en plus d’être très joli, et vaut le détour.

Pour la petite histoire, c’est Stan Ioan Pătraș, un artisan local, qui s’est lancé à partir de 1935 dans la sculpture de stèles en bois, richement colorées, qui surmontent les monuments funéraires. Le bleu qui domine l’œuvre est d’ailleurs unique et répond au nom de « bleu de Săpânța ». Chaque stèle présente une épitaphe en vers honorant la vie du défunt que Pătraș a composée avec beaucoup d’humour, même si nous avouons ne pas avoir compris grand-chose…

Mort de rire
11. La répartition de la population, héritage de l’histoire

Bien qu’à majorité composée de Roumains, la population du pays est très hétérogène et comprend les minorités des tsiganes (également appelés Roms en Europe occidentale), des Hongrois au cœur de la Transylvanie, des Allemands, des Ukrainiens et des Moldaves dans les zones frontalières, et même quelques villages slovaques.

Il est parfois facile de reconnaître les régions « roumaines » car là fleurissent aux fenêtres et éclairages publics les drapeaux nationaux bleu, jaune et rouge, lesquels sont au contraire absents lorsqu’on pénètre dans les villages des minorités. Autre indice, les panneaux de signalisation et les pancartes d’information affichent généralement des traductions dans la langue de la localité.

Près de Tergu Mureș, nous sommes hébergés chez Victor et Terezia, un couple de retraités « magyars » Même s’il n’est pas aisé de jongler entre les langues, surtout à un moment où nous commençons tout juste à maîtriser les bases du roumain, nous avons beaucoup appris de leur vie et des raisons pour lesquelles la communauté hongroise est fortement présente en dehors du territoire de Hongrie. Il s’agit, nous dit-on, d’un héritage de la première moitié du XXe siècle, lorsque la Transylvanie était encore sous la domination austro-hongroise et que la Roumanie commençait à peine à exister.

En tout cas, la cohabitation entre les différentes communautés demeure relativement harmonieuse et pacifique, et tous parlent au moins le roumain.

12. Parlons un peu de la langue !

Le roumain est une langue latine. D’ailleurs, la mélodie des mots sonne un peu comme de l’italien par moment. Pour nous francophones, le vocabulaire est aisément reconnaissable à condition de tendre l’oreille : Noapte bună ! pour « Bonne nuit ! », Foarte bine pour « Très bien », Multe pour « beaucoup » (moulte), etc.

Mais nous avons également pu déceler l’influence des langues slaves qui encerclent géographiquement la Roumanie : Brânză pour du fromage (bryndza en slovaque), graniţă pour la frontière ou mașină pour la voiture (tous deux similaires au russe)…

Et si nous devions ne retenir qu’une découverte linguistique, notre choix se porterait incontestablement sur l’expression Așa și-așa  (à prononcer « acha-chacha ») qui correspond à notre « comme ci, comme ça » que les Roumains connaissent d’ailleurs très bien. Au passage, merci donc à Patrick Sébastien de faire rayonner les trésors de la langue française par-delà le monde… Toujours est-il que, placé à un moment opportun, un Așa și-așa amuse toujours les locaux et leur faire comprendre que, même si on ne parle pas la même langue, il y a toujours moyen de s’arranger. Un peu comme si un touriste étranger vous sortait sans prévenir un « couci-couça » !

- Tu comprends ce que je te raconte??
- Euh... Așa și-așa ...
13. Maramureş, notre coup de cœur

Dans la région nord du pays, à cheval entre la Roumanie et l’Ukraine, s’étend le parc naturel de Munții Maramureșului. L’accès y est quelque peu difficile en raison de sa position géographique reculée et des routes mal entretenues, lesquelles promettent un véritable enfer à celui qui n’a pas de véhicule adapté. Les habitants que nous avons rencontrés nous ont d’ailleurs fait part de leur mécontentement car le développement du tourisme en pâtit profondément. Même les stations de skis ne suffisent guère à attirer les vacanciers roumains (alors les étrangers, n’en parlons même pas !). Pourtant, la splendeur du décor des sommets blancs plongeant dans le vert de la sylve justifierait bien à elle seule une expédition dans cette contrée lointaine.

Le voyageur qui, comme nous, tentera l’aventure sera heureux de pouvoir faire escale dans la petite bourgade agitée de Borsa, située en plein cœur du parc, avant de s’enfoncer dans les villages perdus des montagnes. Là-bas, tout se côtoye dans une harmonie paisible : nature et fermiers, authenticité et simplicité, Roumains et Ukrainiens.

En s'enfonçant loin dans les montagnes
14. Host and Post

Nous avons visité la Roumanie au mois de mars, en pleine période du carême. La plupart des locaux étant croyants, le jeûne (ou post en langue roumaine) est généralement très respecté avec cependant certaines différences que nous avons pu constater au fil de nos rencontres. Pour les Roumains, à majorité orthodoxe, la privation concerne tout ce qui pourrait provenir de près ou de loin des animaux : lait, fromage, beurre, œufs, viande… Elle survient le mercredi et le vendredi, mais les fidèles les plus stricts n’hésitent à s’imposer ce régime tous les jours de la semaine jusque Pâques.

Pour les magyars et les autres communautés catholiques, le post existe aussi mais concerne principalement la viande et se limite à certains jours (là aussi, le mercredi et le vendredi).

Enfin, l’alcool est également proscrit bien qu’aucun des locaux rencontrés n’aient jamais vraiment résisté à un petit verre de palincă -« pour nous accompagner ». Le spirituel face aux spiritueux.

15. La palincă

C’est un incontournable lorsqu’on voyage à la rencontre des populations locales : l’alcool maison. La Roumanie n’échappe d’ailleurs pas à la règle avec sa palincă de casă, un alcool fort (très fort !) extrait de tout type de fruit, à commencer par la pomme. Dans les régions plus au nord, on nous proposera même un shooter au petit déjeuner, soi-disant pour ses bienfaits sur la santé. Il est donc préférable d’avoir le cœur et le foie bien accrochés, surtout quand chaque soir l’hôte est très heureux de partager un petit verre ou deux (ou trois) de sa palincă fait maison en guise de bienvenue.

La palincă, un filtre d'amour
16. Trois villages bien différents

Dans le nord du pays, on nous a beaucoup parlé de la bourgade de Certeze et de sa rue flanquée de demeures luxueuses aux proportions démesurées. Ces dernières font régulièrement l’objet de reportage sur les chaînes locales, leurs riches propriétaires (qui ont fait carrière en Europe de l’ouest, nous dit-on) étant ravis de caresser leurs egos à travers un entretien télévisé. Au concours de qui a la plus grosse maison ou vanité, la palme revient incontestablement à ce bâtiment massif couvert de sculptures et muni d’un long jardin « à la française » (pardon à feu André Le Nôtre pour l’emploi de l’expression…). L’architecture est lourde, voire pénible à regarder tant elle semble hésiter entre le kitsch et le rococo. Mais de toute évidence, on ne cherche pas ici à faire du beau mais à en imposer. Bref, on y passe sans intérêt.

Autre lieu, autre mœurs. Dans la partie Moldave vit paisiblement le village de Ciocanesti, celui-là même qui a donné son nom au met cuisiné avec Ionel et décrit plus haut. Alors que nous le traversons, Ioan, l’automobiliste qui nous a pris en stop quelques kilomètres plus tôt, nous explique qu’il s’agit d’un des rares à présenter ces petites maisons aux façades subtilement décorées. Nous nous y arrêtons sans hésiter quitte à regarder Ioan au volant sa vieille voiture rouge s’éloigner à jamais. Tant pis s’il faudra attendre des heures avant qu’un autre véhicule se présente, la promenade dans les rues colorées en vaut largement le sacrifice. Et puisque la décoration semble être une spécialité de Ciocanesti, on pourra même s’occuper un peu avec la visite du petit musée consacré aux œufs peints, une activité traditionnelle et répandue à Pâques.

Nous avions beaucoup entendu parler des nombreux villages slovaques de Roumanie et nous étions curieux d’en rencontrer les habitants. Notre choix s’est porté sur Făgetu, à une centaine de kilomètres à l’ouest de Cluj, la seconde ville du pays, sans savoir qu’il s’agissait d’un des plus beaux en son genre. Egaré dans des vallons qui ne sont pas sans rappeler le nord de la Slovaquie et la région d’Orava, le village est dispersé en petites fermes sur plusieurs centaines d’hectares, toutes gravitant comme des étoiles autour de l’église et de l’école. Il y a là un doux parfum champêtre de calme et de sérénité.

Accueillis par Milan et sa famille, nous sommes émerveillés par la préservation de la culture slovaque au sein de la communauté d’autant que l’influence roumaine n’est jamais très loin et on y retombe chaque fois qu’on sort de Făgetu. Cela dure depuis deux cents ans, nous explique-t-on, et l’arrivée des pionniers de Slovaquie dans les forêts de Transylvanie à qui on aurait promis la propriété de chaque terrain qu’ils défraichiraient. Aujourd’hui, les arbres ont disparu laissant place aux champs qui continuent de nourrir le temps et les bouches des habitants. Ceux-là n’ont rien perdu de leurs habitudes. On y parle un slovaque parfait (confirmé par Andrea) et on nous sert même des buchty et du halusky.

Une petite maison dans la prairie

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