Communiquer avec les locaux et barrière de la langue : mode d’emploi

Le pilier fondamental des relations humaines repose sur l’échange et le partage. La communication constitue le premier ciment des liens entre les civilisations. Sans communication, pas d’échange, pas d’interaction. Communiquer, c'est partager, c'est transmettre et recevoir, instruire et apprendre, c'est rapprocher les hommes et les idées, écarter la solitude et l'ignorance.

Le voyage n’échappe pas à la règle, au contraire il la sublime. Certes les technologies, le rapprochement des peuples, l’apprentissage de langues communes ont errodé les difficultés des différences culturelles et facilité la compréhension de l’homme au-delà de son environnement. Mais pour le voyageur qui aimera s’extirper loin des ghettos touristiques pour vivre pleinement l’émerveillement d’une absence de repères, culturelles et linguistiques, pour l’aventurier qui aspirera à faire l’expérience d’une rencontre, vraie, spontanée, authentique, avec les populations locales, dans les villages reculés ou sur les plateaux lointains, nul doute que pour ceux-là les vieux démons de la barrière de la langue resurgiront.

Cette fameuse barrière de la langue parait souvent insurmontable, impossible à franchir. Et pourtant, s’il y parvient ne serait-ce qu’une fois, alors le voyageur comprendra que les mots sont souvent dérisoires pour se faire comprendre, que communiquer c’est avant tout faire preuve d’imagination et d’ingéniosité, c’est user d’astuces qu'on élabore à force de tentatives. En voici d’ailleurs quelques-unes que l’expérience m’a apprises.

Avoir envie d’échanger

Pouvoir communiquer, c’est avant tout vouloir communiquer. A ce titre, la véritable barrière n'est jamais vraiment celle de la différence de langues, laquelle ne fait que marquer une frontière perméable entre les cultures. Non, la vraie barrière, celle qui constitue l’obstacle le plus nuisible à la communication et aux échanges, est celle du renoncement à faire l’effort, celle du refus de s’employer pour contourner les problèmes linguistiques. Bref, la paresse.

Ainsi, certains utiliseront le prétexte de la « barrière de la langue » pour s’éviter le désagrément d’un exercice intellectuel, quand d’autres verront dans cette difficulté une source de motivation pour se dépasser et faire preuve d’imagination. A ces derniers, nul doute que la barrière ne sera jamais suffisamment haute pour qu’ils ne parviennent à l’enjamber, d’une manière ou d’une autre.

La barrière n'existe jamais vraiment
Et donner envie d’échanger

Il ne suffit pas d’avoir envie d’échanger, encore faut-il que l’interlocuteur ait, lui, envie de répondre. Et si la barrière de la langue peut impressionner voire effrayer le voyageur, elle n’épargne pas non plus l’autochtone qui peut être réticent à s’engager dans un exercice qu’il devine difficile et exigeant, surtout en compagnie d’une personne qu’il ne connaît pas.

La manière dont on réagit face à un inconnu qui s’approche dépend beaucoup de la personnalité de chacun et d’une longue liste d’autres paramètres sur lesquels il est souvent difficile d’avoir une quelconque influence. Néanmoins, afin de mettre toutes les chances de son côté, le voyageur se doit de soigner les éléments dont il a la  maîtrise, à commencer par sa façon d’aborder les locaux, son allure et son image. Avoir le visage découvert, sans lunettes de soleil ni couvre-chef, rassure et augmente d’autant son capital sympathie. Utiliser les mots de la langue locale pour dire « bonjour » et se présenter, c’est faire la démonstration de son intérêt pour la culture du pays, de son insouciance à faire l’effort.

Sandros : "Tout les savoirs sur les plantes et la nature hérités de nos ancêtres vont finir par disparaître, parce que les jeunes préfèrent jouer à la console ou passer du temps sur l'ordinateur".

 

Etre confiant et persévérer

Être souriant, naturel, positif, voire amusant au moment d’ouvrir le dialogue permet de mettre immédiatement son interlocuteur en confiance, le rassurer sur ses intentions amicales mais aussi sur sa capacité à pouvoir échanger, transmettre des émotions sans nécessairement passer par la langue.

Cela exige aussi du voyageur qu’il surmonte une timidité ou une gêne naturelle qui l’engourdiront les premières fois jusqu’à ce que l’expérience, grande préceptrice, lui enseigne comment les dompter. En répétant l’exercice, en se lançant régulièrement le défi d’aborder les habitants, on parvient à mieux saisir la mesure de ses capacités réelles de communication, on les développe, on parfait ses réflexes et ses techniques.  Ainsi communiquer cesse d’être un challenge pour devenir une réelle compétence.

Et chaque fois que la gêne ou la timidité reviendront le hanter, le voyageur apprendra à se souvenir du bon vieux dicton de sa grand-mère : « on ne perd rien à essayer ».

 

Ne pas garder sa langue étrangère dans sa poche

Maîtriser d’autres langues, n’en serait-ce que les notions de base, est un avantage qu’il ne faut pas négliger et qu’au contraire on se doit d’exploiter pleinement. Il arrive parfois, par le plus grand des bonheurs, que l’un des habitants du village ou des membres de la famille connaisse lui aussi des notions de cette même langue ou puisse carrément servir d’interprète. Il ne faut donc pas hésiter dès l’engagement de la conversation à passer en revue, sous formes d’interrogations, toutes les langues qui pourraient s’avérer utiles. Do you speak English ? Français ? Deutsch ? Po Russki (по русски)?  De quoi au moins disposer d’un socle linguistique pour établir le dialogue.

 

Recourir aux mots internationalement connus

C’est une erreur de penser que l’anglais est la seule langue utile, voire indispensable, au voyageur. Certains termes sont fréquemment mieux compris que leurs équivalents britanniques. Tel est le cas, par exemple, des mots allemands kaputt et Arbeit ou de l’amigo espagnol. D’autres termes ont, quant à eux, tendance à s’écrire ou se prononcer de manière identique dans de nombreuses langues majeures : hôtel,  business, restaurant, taxi, stop, sport, surf, problème, tsunami, auto, touriste, etc. Toujours bon à savoir, et à utiliser en priorité.

 

Apprendre la langue locale

Apprendre quelques notions élémentaires de la langue locale est primordial. D’une part, l’effort fourni sera sincèrement apprécié des habitants locaux autant que la prononciation hasardeuse attisera leur curiosité et les amusera. D’autre part, les mots appris seront toujours utiles pendant le séjour et éviteront au voyageur de s’arracher les cheveux à trouver des substituts alambiqués. Car oui, les notions les plus simples sont aussi les plus complexes à expliquer…

Les mots à connaître absolument sont généralement les mêmes : bonjour, merci, au revoir, oui, non, bien, les verbes être et avoir, les nombres de 1 à 10, les jours de la semaine auxquels ont peut rajouter du vocabulaire plus spécifique selon le mode de voyage qu’on adopte ou les sujets de conversation qu’on préfère : tente, personnes (people), montagne, randonnée, voitures, auto-stop, pluie, neige, etc.

 

Enrichir son vocabulaire à chaque voyage

C’est le corollaire inévitable du point précédent. En apprenant les quelques mots de base des langues des pays qu’il visite, le voyageur enrichit son propre vocabulaire et épaissit son catalogue linguistique. Ainsi il lui devient bien plus facile d’opérer des rapprochements entre les langues d’une même famille ou de pays voisins et, par extension, de les comprendre. Ce n’est peut-être pas encore suffisant pour raconter une blague en danois à un norvégien ou une anecdote slovaque à un polonais, mais c’est déjà un bon début.

 

Le poids des mots, le choc des photos

Sans être un lecteur assidu de Paris Match, le voyageur sait combien les images parlent d’elles-mêmes, combien leur sens est universel et leur portée dépasse les frontières culturelles. Ainsi, lorsque les mots seuls ne suffisent pas, il est intéressant de les accompagner d’un support visuel de manière à conforter son propos et dissiper tout éventuel quiproquo.

Comment ? Par exemple, en retraçant son parcours grâce à une carte routière et aux clichés qu’on a pris, en désignant les membres de sa famille sur une photographie, ou en pointant du doigt les écussons cousus sur son sac et les icones sur son t-shirt.

"...et puis là à peu près, nous nous sommes perdus..."
Un papier et un crayon

Hors les bases d’une langue commune, les dates et les nombres deviennent clairement de vrais calvaires à expliquer. Se munir d’un crayon, d’un papier ou d’une ardoise effaçable (on salue les auto-stoppeurs qui nous lisent) paraît salutaire si on souhaite s’éviter de longues secondes de gêne et de solitude. Et ce qui vaut pour les chiffres vaut pour le reste tant qu’on dispose du talent pour le dessiner. Quant au voyageur dont le génie artistique reste mal compris, il pourra toujours compter sur le petit livret « Gépalémo », édité par le Guide du Routard, qui regroupe plus de 200 illustrations utiles en voyage et qu’on recommande vivement (sans même toucher de commission dessus !).

Toi aussi, drague avec le Guide du Routard!
Réduire son message à des concepts simples

Reconnaissons que le moment et l'interlocuteur sont plutôt mal choisis pour engager un débat sur la théorie de la relativité d'Einstein ou les dérives de la politique agricole dans l’Arkansas au début des années 1960. A la place, le voyageur préférera sans doute aborder des sujets plus ordinaires quitte à verser dans le stéréotype de discussions sur la météo. Par ailleurs, en faisant appel à des concepts simples et en décomposant distinctement son message en mots-clés, il augmentera d’autant ses chances de se faire comprendre. « Soleil - bien – pluie – pas bien ».

 

Parler de soi

Néanmoins, on peut légitimement penser, sans trop risquer d’être accusé de présomptueux ou d’arrogant, que sa propre vie est quand même plus intéressante que les épisodes neigeux des jours précédents. En vérité, les locaux sont très friands de tout connaître de l’étranger qui s’aventure chez eux, dans les moindres détails, du nom de son joueur de football préféré à sa pointure de chaussure, en passant par l’incontournable « mais qu’est-ce que tu viens donc faire par ici ? ». Alors autant savourer ce moment de liesse générale à son encontre et se lancer dans le récit de sa vie, de sa famille, de ses études, de ses voyages ou hobbies. Après tout, une telle occasion ne se représentera peut-être pas. Et puis, quand on aura fini de bassiner le village entier avec ses histoires, on pourra toujours renvoyer la balle par un « et toi ? » bien placé qui permettra à son tour d’en savoir plus sur ses hôtes.

Un tour de magie en roumain (ou presque)

 

Prendre son temps et garder son calme

En matière de communication avec les locaux, il n'y a rien de pire que de se précipiter dans un mime ou une explication, avant de réaliser l'impasse vers laquelle on s’aventure, finalement rebrousser chemin et repartir sur une autre idée. Pour éviter de déboussoler l’autochtone auquel il s’adresse, le voyageur saura prendre son temps, réfléchir préalablement à la façon dont il va conceptualiser son message avant de se lancer. Ne pas se précipiter, c’est aussi bien marquer des pauses entre ses propos, laisser à son interlocuteur le temps d’interpréter ses gestes, ses mots ou ses mimes, s’assurer qu’il a parfaitement compris et sinon les répéter. Encore, encore et encore, jusqu’à ce qu’il ait compris. Ou qu’il fasse semblant.

 

Parler comme un italien

La parole seule ne suffit jamais. Plutôt que de se contenter de modes d’expression verbale qui peuvent paraître suffisants mais ne le sont pas toujours, accompagner ses mots de quelque élément visuelle n’est jamais une mauvaise idée. En l’occurrence, avoir recours au langage corporel en même temps qu’on énonce ses mots est toujours le bienvenu et évitera des incompréhensions malheureuses. Nul besoin d’ailleurs d’avoir le talent pantomime de Charlie Chaplin ou de Marcel Marceau pour réussir à parler avec les mains :  se désigner de la paume quand on parle de soi, mettre une main sur le cœur quand on « remercie », agiter la main quand on exprime son refus sont autant de petits gestes anodins qui guideront l’interlocuteur. A ce petit jeu, il est bon de s’inspirer de nos voisins transalpins passés maîtres dans l’art de communiquer avec les mains. Par contre, imiter l’accent italien n’est pas forcément utile.

 

Moment de gêne, allégorie.
Des prénoms plutôt que des pronoms

Oubliés, les « je, tu il, elle, nous, vous, ils, elles » et leurs hordes de règles grammaticales sans fin, lesquelles varient d’ailleurs sans cesse d’une langue à l’autre. Pour désigner celui ou celle dont on parle, qu’il s’agisse de soi, de son interlocuteur ou de n’importe qui d’autre, le meilleur moyen reste encore  de recourir aux prénoms. Au-delà de l’aspect pratique, cette petite astuce tend à créer un lien plus intime et amical avec les locaux. Evidemment, le voyageur aura pris soin de bien mémoriser les prénoms de chacun au moment de faire les présentations.

« Moi Tarzan, toi Jane ». Un peu brut mais terriblement efficace.

 

Tricher un peu mais pas trop

Lorsque vraiment le voyageur a épuisé toutes ses armes et ses techniques pour se faire comprendre, alors seul reste le recours aux technologies, au dictionnaire, à Google traduction ou à une recherche rapide d’images sur Internet. Attention néanmoins à ne pas abuser de ces méthodes artificielles qui troquent l’aspect humain de l’échange contre une efficacité salutaire.

 

Quand tu cherches Google Traduction sur ton Nokia 3310
Le ridicule ne tait pas

Tous les moyens sont bons pour parvenir à se faire comprendre, au risque parfois de devoir brader sa dignité et son amour-propre pour quelques mots échangés. Bruiter le grognement du cochon, esquisser un croquis avec autant de talent qu’un enfant de 4 ans, se faire l’acteur d’un pantomime saugrenu ou d’une scène vaudevillesque, prononcer le jargon local avec un accent à couper au hachoir, endurer les secondes interminables d’un silence gênant ou chercher ses idées après quelques verres de trop : tels seront les épreuves du voyageur qui s’aventurera hors des sentiers battus et des chemins balisés en anglais. Mais s’il souffrira un peu du ridicule et des méthodes employées, il retiendra surtout les rires et la joie qu’il aura su communiquer, et le plaisir infini d’avoir réussi à transmettre sans jamais parler la même langue.  

 

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