Jonas, l'inspiration du voyage

 

Sous son chapeau bien enfoncé, Jonas a des airs de cow-boy. Son visage angélique contraste avec sa carrure imposante, comme un symbole de la douce robustesse de sa personnalité. Le jeune homme vient d’avoir 26 ans et pourtant a déjà vécu une vie entière. Fascinés, nous l’écoutons raconter ses récits pendant le trajet qui nous mène jusque chez lui, un « camper-van spacieux et cosy » où il nous invite à passer la nuit.

Il refuse catégoriquement que l’on paye notre dette, par quelque moyen que ce soit. « La société m’a tout donné pendant mon voyage, justifie-t-il, aujourd’hui c’est à moi d’aider les autres ».

Deux ans sur les routes et deux mois en prison

A la fin du lycée, le jeune homme s’est envolé pour les Etats-Unis où il a travaillé tout d’abord avant de sillonner les routes américaines pendant près de deux ans. Il s’y est marié aussi, avec une fille qu’il connaissait depuis quelques temps, mais nous explique que « ça n’a pas marché ». Jonas préfère d’ailleurs s’attarder sur d’autres anecdotes de son insouciant périple, à commencer par son retour en charter dont il s’amuse encore avec beaucoup de malice. Pendant ces deux années, il menait une vie de bohème-voyageur qui le comblait de bonheur. Il rejetait constamment l’idée que son idylle puisse un jour se terminer et chaque fois repoussait la date fatidique du retour au pays. Son visa était déjà expiré quand il se décida finalement à acheter un billet d’avion pour Vilnius. Malheureusement, la veille de son départ, un banal contrôle d’identité l’empêcha d’embarquer. A la place, les services fédéraux de l’immigration lui ont généreusement offert le gîte et le couvert dans un de leurs établissements pénitenciers. « Délit de séjour illégal sur le sol américain » dit-il. Il passa un mois ou deux en prison, il ne sait plus trop. Ce dont il se rappelle surtout, ce sont les moments passés avec ses codétenus, ses « amis » Colombiens, Mexicains, Vénézuéliens et autres Sud-Américains aux histoires variées mais aux ambitions communes d’exode. Chaque jour, il devait travailler contre un salaire d’un dollar quotidien. « A la fin de la semaine, avec tes cinq dollars, tu pouvais t’acheter un sniker ou une petite radio ». Jonas s’amuse de ces détails, comme s’il en était nostalgique.

Son plus grand regret, nous confie-t-il, c’est d’avoir acheté un billet retour alors que le gouvernement lui offrait le voyage gratuitement. Mais surtout de ne plus pouvoir mettre les pieds sur le sol américain pendant les dix prochaines années. Un crève-cœur tant il aime ce pays.

Transsibérie en hiver

Très vite, alors qu’il est à peine rentré chez lui, il ressent le besoin de retrouver la route et les aventures qu’elle procure. Il part alors pour la Russie, avec un visa et l’équivalent de 50 dollars en poche. Il traverse la Sibérie en hiver, dort sous sa tente même lorsque le thermomètre approche dangereusement des -20 degrés, et se déplace uniquement en auto-stop. Une fois seulement, il prendra le train. Des policiers avaient repéré sa tente et était venus le déranger pendant son sommeil pour lui proposer une partie de chasse, ce qu’il accepta bien évidemment. Pendant quatre jours, ils restèrent dans un petit chalet, occupant leurs journées à coup de sauna et de shooters de vodka. A la fin de l’épique séjour, les policiers amenèrent Jonas à la gare la plus proche et ordonnèrent au conducteur d’un train de marchandises de le prendre à bord de la locomotive.

Lorsqu’il arrive en Chine, il a toujours 50 dollars en poche. Là encore, il traverse tout le pays uniquement en levant le pouce sauf quand la police, formidable agence de tourisme gratuite, lui offre le trajet en train. Il travaillera quelques mois au Vietnam, sans être déclaré, avant de partir pour le Laos, la Thaïlande, le Népal – son pays préféré- et l’Inde. Toujours en marchant, levant le pouce quand une voiture le dépasse. Il nous livre d’ailleurs sa propre réflexion sur sa façon de pratiquer l’auto-stop. « Le voyageur qui reste planté sur le bord de la route avec une pancarte ou juste la main tendue compte uniquement sur la bienveillance des conducteurs. Quand tu marches, peut-être que ça te prendra un mois, mais tu arriveras toujours là où tu veux aller, sans forcément avoir besoin que quelqu’un s’arrête. Et puis un gaillard qui porte son sac sur plusieurs dizaines de kilomètres, on a forcément plus envie de l’aider». Pas faux.

Il enchaîne quelques petits boulots sur le chemin, lui permettant, à Singapour, de se payer le luxe de son premier billet d’avion pour l’Australie. Là-bas, il fait la rencontre d’un homme d’église qui lui promet de le contacter si un des fermiers du coin recherche de la main d’œuvre. Jonas lui laisse son adresse e-mail et reprend la route. Quelques semaines plus tard, il reçoit un e-mail lui proposant un travail. Jonas accepte et parcourt la moitié du pays en deux jours. Il arrivera le lundi matin, prêt à commencer.

Etant Lituanien, il ne peut bénéficier du Working Holiday Visa. Alors, il s’arrange avec son employeur, lequel est de toute manière assez peu rigoureux concernant le respect des lois sur le travail. Tous les trois mois, Jonas quitte le territoire avec l’incertitude de savoir si les autorités douanières le laisseront revenir. Chaque départ est vécu comme un adieu potentiel. Néanmoins, il n’en oublie pas pour autant de profiter de ces « vacances forcées » pour explorer les pays voisins, les Philippines, la Nouvelle-Zélande, les Fidji…

UNE RETRAITE AU PAYS

Après quatre ans d’errance autour du globe, Jonas est rentré au pays. Désormais, il souhaite s’y établir et devenir fermier. Avec ses économies d’Australie, il a acheté un lopin de terre au bord du lac Drūkšiai et ambitionne de le transformer en « petit bout de Paradis » pour les copains, la famille, faire pousser quelques légumes, pêcher, fumer des joints, et vivre.

En attendant, il travaille dans une ferme, davantage pour engranger de l’expérience que pour le salaire car il gagne ici en un mois ce qu’il gagnait en deux jours en Australie. Le patron, un ami de longue date, lui a vendu une vieille caravane immatriculée en France, en Basse-Normandie, et l’autorise à camper en face des hangars de la ferme. Il y a de l’eau, de l’électricité, une petite connexion à Internet et une cabane au fond du jardin. De quoi largement subvenir à ses besoins et à ceux de son chien. 

Depuis qu’il est rentré, Jonas rend régulièrement visite à sa mère, une femme épanouie qui vit paisiblement dans une splendide maison en banlieue de Kaunas. Alors que nous nous y arrêtons pour le souper (et pour récupérer le linge propre), elle nous explique combien elle fut furieuse d’apprendre que son fils s’apprêtait à fuir l’université pour l’hiver sibérien. Mais aujourd’hui, après quatre ans d’absence, elle reconnaît que Jonas a changé et comprend que c’est sur les bancs d’une « école différente » qu’il a appris les fondements de la vie.

Le soir, quand nous arrivons à la caravane, Jonas nous raconte quelques autres anecdotes de son voyage, pressé par nos abondantes questions. Il n’a presque aucune photographie pour illustrer ses propos, n’ayant pas emporté d’appareil avec lui. Tout ce qu’il a vécu reste gravé dans sa tête, et cela lui suffit. Peut-être qu’il écrira un livre un jour, quand il sera prêt et aura le temps. Il aimerait aborder les aspects psychologiques et mystiques du voyage plutôt que de raconter simplement son histoire. Le jeune homme abhorre aussi les réseaux sociaux, Facebook et compagnie. Alors, le lendemain, avant de le quitter, nous lui laissons pour seul contact une adresse e-mail et l’espoir qu’il y laisse un message.

Ce qu’il fera, avec toute la simplicité qui le caractérise.

Le jeune Lituanien n’est pas simplement devenu un moment mémorable de notre voyage. Il l’aura changé. Et tandis que nous repensons à ses récits, nous marchons le long de la route, levant le pouce chaque fois qu’une voiture nous dépasse.

 

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