Roumanie : un accouchement chez nos hôtes

 

Rejoindre Borşa au cœur du parc national de Maramures, dans le nord de la Roumanie, n’est pas des plus aisés. L’unique route qui mène à la ville est sinueuse et en bien piètre état, présentant sur plusieurs dizaines de kilomètres des cratères rocailleux et un asphalte crevassé -quand encore il y a de l’asphalte. Cette situation ne manque d’ailleurs pas d’exaspérer les habitants tant l’économie locale souffre de l’absence de touristes, lesquels ne sont pas assez fous pour se risquer dans une expédition qui pourraient leur coûter une voiture et une nuit à la belle étoile, quand bien même le décor naturel ou surnaturel des montagnes plongeant dans le vert des forêts en vaudrait largement la peine. Ah, ces forêts et ces montagnes ! Nous avons le temps de les admirer, jusqu’à les détester presque, puisque nous les traversons depuis deux heures déjà, à pied et sac à dos sur le dos, avec à chaque virage le même espoir qui ressurgit et disparaît, celui de voir au loin se profiler une habitation ou tout autre signe de vie humaine.

Et au milieu coule une rivière.

Fort heureusement, la bienveillance d’une bande de jeunes roumains qui passent par là nous sauve et nous dépose à bon port au centre de la petite bourgade. Après un tour rapide, nous faisons la rencontre de Marius. Le jeune homme de 22 ans, penché par-dessus la table de sa terrasse, profite de la chaleur et du premier jour de printemps pour finir quelques-unes de ses tâches domestiques. Nous sommes rapidement rejoint par ses parents curieux qui nous invitent à entrer dans le jardin. Là nous poserons notre tente, au milieu de la volaille qui gambade libre et « bio ».

La soirée se poursuit sur la terrasse, ponctuée par un ou deux verres de palincă maison mais sans excès car nous sommes en pleine période de carême, tradition scrupuleusement suivie par nos hôtes qui pendant quarante jours ne mange ni viande, ni œuf, ni laitage, ni quoique ce soit qui provienne des animaux. D’ailleurs, le dîner se compose d’une soupe de légumes, de pain et d’un thé. Assis autour de la grande table, on parle de tout, sans réelles difficultés pour comprendre et se faire comprendre. Marius parle un bon anglais et Gregore, le père, bafouille fièrement quelques mots de français et d’italien, qu’il confond une fois sur deux.

Nous apprenons qu’Adriana, leur fille ainée, est enceinte depuis maintenant neuf mois. Trop occupés à plaisanter avec Gregore sur l’imminence de l’évènement, nous ne prenons pas l’entière mesure de ce qui est en train de se passer autour de nous. Sava, la mère, a disparu depuis cinq minutes à la suite d’un coup de téléphone discret. Là revoilà qui passe devant nous chargée d’une bassine, « pour l’eau », « pour le bain » dit-elle à son mari en roumain, vocabulaire que nous comprenons facilement car il s’agit de mots doux que le voyageur retient facilement. Puis elle disparait à nouveau dans le garage, et en ressort, puis entre à nouveau. De toute évidence, Sava pas bien. La pauvre femme est agitée, angoissée. Le bébé arrive.

Sous un calme apparent qui ne trompe néanmoins personne, Gregore tente de dissimuler son affolement en expliquant que lui, l’homme, n’est pas stressé pour un sou, « pas comme sa femme ». Mais lorsque sa fille se présente, une main appuyée sur la rambarde de l’escalier d’entrée, l’autre soutenant son ventre énorme et rond, « l’homme » peine à conserver sa virilité de façade. Nous l’aidons à débarasser précipitemment les assiettes et, pour ne pas rajouter de l’embarras au tumulte général, préférons nous éclipser discrètement afin de regagner nos appartements de toile.

Accompagné du futur oncle et de la tente.

Quelques minutes plus tard, Gregore revient vers nous chargé d’une grosse couverture car il confesse que les nuits sont fraîches en ce mois de mars. J’ai à peine le temps de le remercier et de lui demander comment vont les choses qu’il est déjà parti, courant vers la maison. « Buona notte » nous lance-t-il. Du français sans doute pour lui.

Au matin, je retrouve Sava dans le garage, essuyant la vaisselle de la veille. Le bébé est né à 7 heures à l’hôpital de Bistrita. Il s’appelle Andrei et il va bien, la maman aussi. Nous sautons dans les bras l’un de l’autre, heureux et très émus. Et Sava entame une prière qu’elle conclut en se signant trois fois.

Les parents que nous avions quittés la veille devenaient au réveil des grands-parents.

Premier portrait en tant qu'oncle et grands-parents.

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