UN AN DE VOYAGE, D’AVENTURES ET DE RENCONTRES !

 

Il y a plus d’un an nous partions sur les routes du monde, emportant avec nous nos sacs à dos, une tente, un budget minimaliste et une foi immense en l’humanité. De ce périple qui allait s’offrir à nous, nous ne connaissions pas grand-chose, pas même les vagues contours. Seuls comptaient l’aventure, la rencontre, et le goût délicieux de l’inconnu.

Nous avons d’abord parcouru l’Europe, des forêts estoniennes jusqu’aux côtes portugaises, avec seulement deux euros par jour, offrant notre énergie et notre enthousiasme en échange d’un endroit où dormir, d’un trajet ou simplement prenant le temps d’un moment de partage avec les habitants qui croisaient notre chemin. Des pays baltes, nous avons voyagé à travers la Pologne, la Slovaquie, l’Autriche avant d’arriver en Slovénie. Là, la route nous a amenés à travailler comme volontaires dans une petite auberge familiale, puis ce fut une ferme écologique en Suisse. En arrivant en France, nos sacs étaient déjà bien remplis de rencontres et d’histoires à raconter mais il faut croire que ce n’était pas encore assez, alors nous avons poursuivi vers le sud, avons marché sur les chemins de Compostelle et franchi les Pyrénées, sommes entrés en Espagne, avons traversé quelques-uns de ses déserts à pied, jusqu’à atteindre enfin le Portugal.

Tout le temps de ce voyage européen l’idée grandissait de poursuivre l’aventure vers un autre continent. Alors une fois au bord de l’Atlantique, nous nous sommes lancés dans une nouvelle entreprise : traverser l’océan en bateau-stop. Il nous aura fallu en tout quatre mois et demi pour rejoindre l’Amérique du Sud, sautant d’île en île, de port en port, et de navire en navire. Dès le départ la chance nous a souri et nous sommes entrés dans Lisbonne par le Tage. Puis nous avons poursuivi à bord d’un autre voilier jusqu’aux Algarves. De là, nous avons fait route vers Madère, les Canaries puis le Cap Vert en Afrique avant d’embarquer pour notre plus longue traversée jusque Recife au Brésil. Une fois au Paraguay, nous avons abandonné le pouce pour un certain temps et avons acheté deux bicyclettes à très bon prix que nous avons aménagées par quelques transformations de fortune pour supporter nos sacs à dos et notre tente. Pendant les deux mois qui ont suivi, nous avons pédalé et parcouru plus de 1500 kilomètres à la force de nos cuisses, avons traversé le Paraguay, le Nord de l’Argentine puis la Cordillère des Andes pour finalement entrer au Chili. Avec nos vélos nous sommes montés à plus de 4800 mètres, avons affronté les méfaits de l’altitude, du vent glacial et du manque d’oxygène, et traversé pendant plusieurs jours le désert de l’Atacama. Les deux bicyclettes n’étaient vraisemblablement pas taillées pour vivre de telles expéditions, elles ont beaucoup souffert et nous l’ont fait comprendre. Régulièrement il a fallu les réparer par nos propres moyens mais elles ont tenu bon jusqu’à la Bolivie et le Salar d’Uyuni, le plus grand désert de sel du monde. Au cœur du désert, ce qui devait arriver arriva. L’un des pignons a lâché, nous obligeant à marcher les cinquante kilomètres restants pour sortir du Salar. Cette mésaventure sonna la fin de l’aventure à vélo. Nous avons vendu les bicyclettes et repris l’autostop pour parcourir le reste de la Bolivie jusqu’à atteindre les rives du lac Titicaca. Là, grâce à l’aide de deux frères boliviens rencontrés en chemin, nous nous sommes lancés dans la construction d’une petite barque. Puis nous avons ramé, seuls, pendant deux semaines et 250 kilomètres pour traverser le lac Titicaca et atteindre Puno au Pérou. La barque fut vendue, et nous avons repris l’autostop, encore une fois. Avant d’entreprendre un nouveau défi : marcher cinq jours, seuls et en autonomie complète à travers les montagnes péruviennes, jusqu’à la mystérieuse cité de Machu Picchu. Puis le stop, encore et toujours. Grâce à la bienveillance des péruviens, et de la police, nous avons traversé les montagnes, la jungle chaude, et les montagnes de nouveau, empruntant les longues routes sinueuses des narcotrafiquants jusqu’aux rives violentes de l’Océan Pacifique. Encore quelques pouces levés, pour nous emmener dans le cœur bouillant de Lima, puis au nord du Pérou et entrer, enfin, en Ecuador.

Pacific Ocean sunset
Face à l'océan Pacifique, la fin.

Chaque soir de ce fantastique périple, nous avons dormi un peu partout, dans notre tente bien sûr mais aussi dans des remorques de camion, sous des remorques de camion, dans un container, sous un filet de pêche, sur les plages, dans les montagnes, près de geysers, en plein océan, à 4500 mètres d’altitude, dans des déserts de sel, et des déserts tout court, dans des granges, des garages, des greniers, dans une bergerie, dans un voilier de courses, et des catamarans de plaisance, dans une ancienne embarcation touristique, dans des salles d’école, des mairies, dans une gare désaffectée, et dans une gare de marchandises, dans des bureaux, dans des cabanes, des maisons abandonnées, des immeubles en construction, dans des préfabriqués de chantier, dans un commissariat, sur une île flottante, dans des camping-cars, des caravanes, des roulottes, dans un vieux wagon de train, dans des aéroports, sur un terrain de football, entre les vignes de Porto, dans un marché en devenir, au bord d’une piscine, sur des terrasses, dans des gymnases, dans un club de sport avec sauna, dans un presbytère, à côté d’une église, chez des sœurs, sous un hangar de cacao, dans des champs, au-dessus d’une écurie, sur des canapés, ou à même le sol, derrière des stations-services, dans un musée de sculptures, dans un château, dans des villas, dans une chambre d’hôtel gracieusement offerte par la mairie du village, mais surtout, surtout, chez les habitants du monde.

Pendant un an nous avons parcouru des milliers de kilomètres à pied, à vélo, à la voile, à la rame ou simplement à l’aide de notre pouce, embarquant à bord de centaines de véhicules, de la charrette au scooter des mers en passant par les mobylettes, les camions, et les camionnettes, les bétaillères, les fourgons de police ou de gendarmerie, un camion de pompier reconverti en cirque, une luxueuse Porsche ou un tuk-tuk brinquebalant. On nous a fait monter dans les remorques ou dans les coffres, sur les tranches de pick-ups ou par-dessus des chargements en tout genre. Chaque trajet devenait une aventure à lui seul.

Pick-up hitchhiking
Nous n'avons pris aucun transport payant.

Pendant un an, nous avons aussi beaucoup appris.

Nous avons appris les bases de la navigation et de la voile, à barrer, à nouer correctement, à hisser et affaler les voiles, à monter en haut du mât, et toutes ces autres choses qu’un matelot doit savoir. Nous avons appris à convaincre et à nous vendre auprès des marins, appris que le mal de mer n’est pas une légende, appris à respecter l’océan et ses humeurs, à respecter les autres équipiers et leurs humeurs, appris à s’adapter aux mouvements perpétuels du bateau et à vivre des jours entiers cloitrés dans vingt mètres carrés.

Nous avons appris à nous nourrir des fruits de la nature, et avons appris à nos dépens qu’il vaut mieux bien connaître les plantes avant de s’y essayer, avons appris à faire du pain en toutes circonstances, à pêcher, à vider nos prises et monter les filets, appris d’innombrables recettes des cuisines du monde, avons appris à manger la viande comme un vrai Argentin, et à boire le maté comme un vrai Paraguayen, appris que l’eau douce est plus que vitale, et que l’eau de mer reste utile pour cuire ses pâtes.

Nous avons appris à parler l’espagnol, appris les bases du portugais et quelques mots de langues indigènes. Nous avons appris les rites et les coutumes selon les régions, appris à danser les danses traditionnelles, du waka-waka bolivien au frevo brésilien, avons appris des autres cultures et de leurs histoires, appris à comprendre plutôt qu’à juger, et apprécier les différences plutôt que les accuser.

Nous avons appris à construire une barque à partir de presque rien, quelques planches, de la résine et des clous, à réparer des vélos, à dévoiler des roues, appris à ramer contre les vagues et naviguer contre les vents. Nous avons appris à prédire la météo en observant l’horizon, et à se repérer en observant les étoiles.

Barque titicaca
"Gualiqui", c'est son nom, signifie "Bien" en langue indigène.

Nous avons appris à nous aimer, sans confort, dans l’adversité, à nous aimer malgré nos défauts, nos défaillances, et à nous aimer pour nos défauts et nos défaillances. Nous avons appris à puiser dans notre complicité pour nous en sortir en toute circonstances, à nous bouder et nous réconcilier, à être ensemble, debout, quand nous étions seuls et loin de tout. Nous avons appris à vivre cette aventure comme une histoire commune.

Nous avons appris à vaincre l’altitude et le manque d’oxygène, avons appris que le vent et les courants contraires ne sont pas une fatalité, qu’il ne tient qu’à nous de les surpasser. Nous avons appris à nous débrouiller avec rien ou presque, à nous laver à l’eau de mer, dans les rivières et les lacs, avons appris à nous couper les cheveux, à coudre et réparer nos vêtements, appris à se contenter de peu et vivre sobrement. Nous avons appris à nous dépasser, à être optimiste, audacieux et parfois téméraire, avons appris à rêver plus grand et plus loin, appris que les limites n’existent que parce que nous les traçons, et que rien n’est impossible à celui qui veut bien y croire. Nous avons aussi appris à avoir tort, appris qu’on est surtout riche lorsqu’on donne à l’autre, appris qu’être est plus beau qu’avoir, et que l’important n’est pas de voir le verre à moitié vide ou à moitié plein mais d’être reconnaissant d’avoir un verre, avec un peu d’eau dedans.

Tout ceci en une longue et belle année.

Et combien d’autres encore ?

.

En attendant la suite, n'hésite pas à nous laisser un commentaire, à partager cet article autour de toi ou à suivre notre voyage via notre page Facebook. Et si tu es tenté(e) par ce genre de voyages alternatifs, à la rencontre des locaux et centrés sur l'échange et le partage, alors n'hésite pas à nous contacter!