Une traversée de l’Atlantique en bateau-stop

Première partie
 

Cette idée avait un nom, comme un titre accrocheur, presque racoleur : traverser l’Atlantique en bateau-stop. C’est cette idée qui avait nourri nos ambitions pendant des mois. Elle avait fini par façonner notre voyage à travers l’Europe, par définir notre itinéraire et notre destination finale. Des forêts estoniennes, nous marchions désormais en direction du littoral portugais, là-bas sans doute aurions-nous de meilleures chances. Aussi écoutions-nous avec attention les conseils avisés de marins qui croisaient notre route ; la fin de l’été approche, disaient-ils, les vents seront meilleurs, l’automne sera propice. Cette idée était alors devenue un objectif à atteindre, un challenge à relever et, risquons ce suintant excès de lyrisme, un rêve à réaliser.

Pourtant, au moment de nous lancer véritablement dans cette entreprise, nous n’imaginions pas l’immensité du défi qui se présentait à nous. L’océan est vaste, certes, mais reconnaissons aussi que nous partions de loin. Notre expérience du grand large était médiocre, pour ne pas dire inexistante, tout comme l’étaient nos connaissances techniques de la voile et de la navigation. Et pour rajouter à notre présomptueuse insolence, nous partions sans même savoir en quoi consistait vraiment le concept du « bateau-stop ». Tout restait donc à découvrir, à apprendre et accomplir. Mais en jeunes mousses qui rêvent d’Odyssée, nous avions pris soin d’emporter avec nous l’essentiel : l’ambition, l’audace et la soif d’aventure. Celles-là allaient devenir nos meilleures armes et, nous en étions persuadés, nous permettraient bientôt de fouler les Amériques.

Et nous l’avons fait. Après cent trente-trois jours d’efforts et de patience, nous débarquions sur le sol brésilien. Cent trente-trois jours, dont quarante-cinq passés en mer, durant lesquels nous avons parcouru plus de 3500 miles nautiques, soit près de 6500 kilomètres, traversé le Tropique du Cancer puis l’Equateur, rallié trois continents et exploré onze îles en chemin. Nous avons navigué de Lisbonne aux Algarves, jusque Madère, puis aux îles Canaries et à l’archipel du Cap Vert avant d’atteindre enfin Recife, au Brésil. Cent trente-trois jours pendant lesquels nous avons sillonné les pontons et les marinas à la recherche d’embarquement, à faire du « porte à porte » et du « hublot à hublot », à déposer nos annonces aux capitaineries et à rivaliser d’imagination pour se faire connaître auprès des marins. Nous avons appris sur le tas les ficelles du métier d’équipier et les bases de la voile, appris à barrer, à monter et affaler les voiles, à se repérer sur les charts, à lire les instruments et à se relayer pour les quarts de nuit. Nous avons aussi appris à réduire notre consommation de tout, à rationner l’eau et l’électricité à bord, à nous nourrir presque exclusivement de conserves, de pâtes et de riz cuits à l’eau de mer, à nous laver à l’eau salée et à user parfois d’un simple seau en guise de toilettes. A terre, nous avons vécu sobrement en attente de notre prochain équipage, dormant sur les plages, dans la nature, chez l’habitant, pêchant et se nourrissant autant que possible des fruits de Mère Nature. Au large, nous avons dû dompter les humeurs de l’océan jusqu’à en vomir nos tripes, tandis que nos corps s’habituaient lentement au mouvement perpétuel du bateau qui tangue. Cuisiner, se mouvoir, manœuvrer, tout prenait du temps, mais en mer, le temps, c’est comme les vagues, on en a tellement qu’on sait plus quoi en faire. L’ennui, la solitude, la chaleur sont le véritable mal de mer.

La chance aussi nous a beaucoup souri, et l’humilité nous exhorte de ne jamais l’oublier. Malgré tout, je finis par croire que le hasard seul ne suffit pas à s’attirer les bonnes grâces de la providence, et que la réussite, ou l’échec, demeurent souvent le fruit d’un capricieux mélange de décisions, de choix et d’attitude. La chance sourit aux audacieux, dit-on, alors il faut apprendre à être audacieux. Des choix nous avons dû en faire, des décisions nous avons dû en prendre. Ce ne fut pas toujours facile ou juste, ce ne fut pas non plus irréfléchi. Nous aurions pu, comme beaucoup, acheter notre place à bord d’un voilier et nous retrouver en quelques semaines seulement de l’autre côté de l’Atlantique. Mais c’était céder à la facilité, notre but était ailleurs. Au-delà des Amériques, c’est l’aventure elle-même, difficile, incertaine, que nous étions venus chercher, or celle-ci se conquiert rarement à coup de dollars.

Transatlantique en bateaustop
Et nous l'avons fait!
 

Qu’il semble aujourd’hui lointain le temps où, rêveurs, nous contemplions l’horizon depuis les rives du Portugal. A présent que l’océan est derrière nous, nous en gardons l’orgueil d’avoir mené à bout un projet que beaucoup, à commencer par nous-mêmes, craignaient utopique. Mais nous en gardons surtout des souvenirs uniques, des anecdotes, des rencontres, des émotions, des galères et des joies. De ces quatre mois, il y a tant d’histoires à raconter, tant de chapitres à écrire que je ne sais d’ailleurs par où commencer. Il y a d’abord le grand récit, et puis il y a les détails.

Les détails, ce sont par exemple ces nuits noires, poétiques, au milieu de l’océan, quand la lune n’est pas encore parue et que le soleil s’est noyé depuis longtemps. Le ciel offre alors ses merveilles qu’il réserve aux âmes solitaires et à ceux qui s’égarent loin des phares et du brouillard de la ville. Les étoiles, par centaines, par milliers, deviennent l’espace de quelques heures le privilège du marin. Elles sont son réconfort aussi, car ces nuits-là justifient bien tous les tourments du jour.

Les détails, c’est aussi cette élégance qui anime depuis toujours les voiliers du monde. Comment ne pas être fasciné par ces cathédrales qui s’avancent sur l’eau à la seule force des vents, du courant et des marées ? Sur un voilier, la Terre devient un moyen autant qu’une finalité, et quelle autre manière de sillonner le globe peut se vanter de tant vivre au rythme de ce dernier ?

Les détails, ce sont surtout ces émotions qui ont jalonné notre aventure et l’ont marquée de leurs lourdes empreintes. Ce sont ces cris de joie, ces boules au ventre, ces mélanges d’excitation, d’appréhension, de peur et de doute, ce sont ces réactions singulières, misérables ou superbes. Il serait dérisoire, pour ne pas dire malhonnête, de rapporter ici les épisodes de notre traversée sans évoquer les sentiments qui en furent les témoins, car les sentiments sont indissociables des faits et on ne peut omettre les uns sans trahir les autres.

Atlantic sunset
Les détails, ce sont aussi des couchers de soleil au milieu de l'océan.

Le grand récit, ce sont ces sept navires.  Sept navires qui en furent, chacun leur tour, avec leurs différences et leur caractère propre, les véritables héros.

Miri fut le premier d’entre eux. Ce matin-là, la chance ne nous avait pas boudés sur le petit port grisâtre de Nazare. Alors qu’ils s’apprêtaient à larguer les amarres, Regina et Ralf acceptèrent de nous emmener avec eux. Le couple ferma les yeux sur notre inavouable inexpérience, que nous n’avions de toute façon guère pu dissimuler longtemps, et nous offrait notre première virée en voilier. Pour eux, il ne s’agissait rien de plus qu’une étape de vingt-six milles marins jusqu’à l’escale suivante, une distance insignifiante dans un voyage autour de l’Atlantique qui en comptait déjà un bon millier. Mais pour nous, ces quelques heures en mer avaient des airs de miracle. Elles devenaient la preuve que « oui, c’est possible » et que nous avions raison d’y croire.

A bord de Miri, nous reçûmes nos premières leçons de voile. Du moins l’aspect théorique car le bon vieux Ralf n’était pas vraiment du genre à laisser son navire filer aux expérimentations de deux jeunes auto-stoppeurs. Déjà qu’en temps normal, il rechignait à céder la barre à sa femme… De toute manière, le vent ne soufflant pas ce jour-là, nous fîmes la totalité du trajet au moteur au grand dam de notre capitaine qui grognait son ennui. Sans vent, pas de voile, aucun plaisir. La majeure partie de notre enseignement concerna donc les règles de sécurité à bord que la rigidité allemande nous imposait de suivre à la lettre. On nous racontait les anecdotes les plus effroyables et les célèbres accidents de ces célèbres marins, d’Éric Tabarly et de Florence Arthaud, comme des histoires de loup qu’on récite aux enfants pour qu’ils se tiennent à carreau. La méthode était peut-être excessive mais elle fonctionna tout le temps des cent trente-deux jours qui suivirent.

Notre sortie en mer ne dura guère longtemps, quatre heures tout au plus, mais elle suffit à faire naître au sein de notre équipage une affection presque familiale, si bien que le couple nous invita à revenir le lendemain matin pour une nouvelle escale. Cette fois, Miri fit cap vers Lisbonne. Comme la veille la navigation fut d’abord poussive au moteur mais une fois l’embouchure du Tage atteinte le courant et les vents s’y engouffrant propulsèrent le voilier pour nous offrir une entrée royale dans la capitale portugaise.  Je ne pris véritablement conscience de l’ampleur de ce que nous étions en train de vivre que lorsque j’aperçus au loin la Tour de Belém, puis derrière elle le Monument aux Découvertes. Un frisson délicieux parcourut mon échine, et je me mis à rêver. Debout, droit et fier, une main agrippée au hauban, j’imaginais ce qu’avaient pu ressentir Magellan, Christophe Colomb ou Vasco de Gama au moment de leurs exploits. J’avais peut-être déjà là un début de réponse.

Seulement, aussi glorieuse fut-t-elle, notre arrivée dans Lisbonne annonçait aussi la fin de notre histoire à bord de Miri et le début d’une nouvelle page à écrire. Nous aurions pu alors nous satisfaire de ces lauriers et profiter pendant quelques temps du climat agréable et festif de la capitale. C’eût été, après tout, mérité. C’eût été surtout une grave erreur, car s’il est bien une chose que nous apprîmes de notre aventure transatlantique, c’est que la réussite provient rarement d’une attitude passive. Aussi étions-nous bien décidés à poursuivre nos efforts et trouver au plus vite un second bateau.

Transatlantique en bateaustop
A bientôt, Miri!

Les évènements, là encore, surpassèrent nos espérances. Quelques secondes après avoir quitté Miri, Ricardo, le capitaine du navire voisin, nous interpela. L’échange fut bref. Il n’y avait guère besoin de long discours, nos sacs à dos et nos chaussures usées parlaient pour nous. Sur les pontons, on croise généralement deux types de voyageurs : ceux qui disposent d’un bateau et ceux qui en cherchent. De toute évidence, nous étions de ces derniers. Notre homme en tout cas l’avait bien compris, et c’est avec un naturel déconcertant qu’il nous invita à emménager à bord de son voilier de courses.

L’intérieur du bateau était autant spartiate que l’extérieur, avec son allure inhabituelle et ses gros autocollants de sponsors, attirait la curiosité des badauds du port. C’est là une grande différence des navires de courses sur leurs camarades plaisanciers, ils cherchent davantage la performance au dépend du confort. Ricardo n’avait néanmoins rien de ces coureurs des mers en quête de record ou de trophée. Il aimait peu la vitesse et s’évertuait à toujours respecter les humeurs de l’océan. Ce « navigateur solitaire », surnom que lui prêtait volontiers la presse portugaise et qu’il arborait fièrement sur son bateau, était un passionné qui avait fait de l’Atlantique son terrain de jeu. Grâce à son voilier atypique et son aura hors du commun, il aimait à se lancer toutes sortes de défi et, en homme habitué à scruter l’horizon, n’avait pas peur de voir les choses en grand. Son plus prestigieux fait d’armes fut un jour d’embarquer à son bord un tonneau centenaire de vin de Porto qu’il emporta jusque Londres et fit goûter à la reine Elizabeth II pour son anniversaire. A présent, c’était un tout autre projet qu’il avait en tête. Les apparitions miraculeuses de Fatima allaient bientôt fêter leur centenaire. Pour l’occasion, Ricardo devait recevoir des mains du haut représentant de l’Eglise du Portugal une statue bénite de la Vierge qu’il s’en irait livrer au Brésil avec ce message, affiché en toute lettre sur la coque de son bateau : « Foi, Paix, Amour ».

L’évocation du Brésil nous fit tressaillir. Peut-être avions-nous trouvé là notre passage vers les Amériques ? Non, bien sûr que non. C’eût été trop simple. Le projet devait être mené par le « navigateur solitaire », en solitaire. Néanmoins, Ricardo comptait d’abord se rendre dans le sud du Portugal car il souhaitait faire réaménager la cabine avant de son bateau qu’il jugeait trop rudimentaire. Il avait déjà contacté le chantier naval et n’attendait plus que leur réponse pour partir, laquelle devait arriver d’un instant à l’autre. Le trajet d’une centaine de milles n’avait rien de bien excitant, alors il n’était pas contre l’idée de prendre deux équipiers avec lui.

La réponse du chantier se faisant attendre, nous en profitions pour goûter à la vie lisboète et assister Ricardo dans la préparation de son bateau. Une après-midi fut consacrée à retirer les autocollants de la coque. Le lendemain ce fut au tour de la grand-voile d’être mise à nue, et le surlendemain au génois. Pour ce dernier, la tâche obligea à prendre un peu de hauteur. Afin de défaire les nœuds qui retenaient la voile, il fallut me hisser jusqu’en haut du mât. A vingt-quatre mètres au-dessus de l’eau, difficile de profiter sereinement de la vue incroyable sur Lisbonne : au moindre coup de brise, je me retrouvai à balloter comme un pendule au-dessus du port…

Up the mast
Tout en haut du mât.

Après quatre jours, Ricardo comprit que la réponse du chantier naval ne viendrait jamais. Il soupçonna une ruse de leur part pour l’obliger à se rendre sur place et, une fois là-bas, lui faire payer le prix fort. Vexé, il renonça à partir. Ce fut là notre première déconvenue en bateau-stop. Ce ne fut cependant pas une surprise, car il faut bien l’avouer, nous le sentions venir. Depuis le début nous étions conscients que le cours des choses allait trop bien pour ne pas connaître, à un moment ou un autre, quelques complications. Nous étions donc préparés à endurer l’épreuve de tout bateau-stoppeur : la galère de trouver une galère.

Ricardo, qui se sentait coupable de nos faux-espoirs, nous offrit de rester à bord de son bateau le temps de dénicher un autre voilier en partance vers le sud. Il s’appliqua aussi à compléter les leçons de voile de notre ami Ralf en rajoutant à la théorie cette fois quelques ateliers pratiques. Le Tage devint ainsi le théâtre, ou devrais-je dire le cirque, de nos premiers errements à la barre et de nos premières manœuvres douteuses. En même temps que nous fourbissions nos âmes de marin, nous multiplions les efforts pour trouver un autre embarquement. Nous placardions nos annonces à l’entrée du port et partout où nous le pouvions, sillonnions les pontons pour se faire connaître des autres plaisanciers, laissions nos contacts çà et là « au cas où », et guettions constamment la grande digue à l’affut du moindre mât qui faisait son entrée dans le port. L’affaire n’était donc plus qu’une question de temps.

Justement, deux jours après que Ricardo nous annonça la mauvaise nouvelle, le voilier Gytan s’apprêtait à quitter Lisbonne pour l’île de Madère avec à son bord un équipage déjà bien complet. Guillaume, Constance et leurs trois jeunes enfants Gaston, Ysé et Abel étaient partis de Bretagne deux mois plus tôt pour vivre un an autour de l’Atlantique. Ils n’étaient pour l’heure pas spécialement à la recherche d’équipiers mais n’étaient pas contre l’idée d’en prendre non plus, car après tout le renfort de deux matelots pouvait s’avérer précieux dans un voyage jusque Madère qui devait durer quatre jours et quatre nuits.

Ricardo Diniz Navigador
Ricardo nous enseigne les bases de la navigation.

Avec Gytan, nous découvrîmes une autre manière de naviguer, bien loin de la rigueur allemande ou de la fougue de l’aventurier solitaire, celle des vacances en famille. De l’aveu de Guillaume lui-même, ils éprouvaient bien peu de plaisir à vivre en mer. Le voilier ne constituait qu’un moyen de se déplacer d’un endroit à l’autre comme le serait, sur terre, un camping-car ou un van aménagé. De ce fait, et de manière à prévenir des heures de navigation difficiles, Guillaume cherchait toujours à réduire autant que possible le temps de trajet entre deux escales, si bien que l’équipage en venait souvent à attendre pendant plusieurs jours qu’une meilleure fenêtre météo se présente et écourte le temps de trajet… d’une demi-journée. L’équation peut paraître bancale mais elle fait sens quand on a à son bord trois enfants de onze, huit et un ans. Pour nous, habitués à vivre selon un rythme bien différent, l’attente nous offrait l’opportunité d’explorer un peu plus les alentours de Lisbonne. A notre retour, cependant, le voilier n’était toujours pas prêt à larguer les amarres. Pire, Guillaume avait changé ses plans : oubliée Madère, nous ferions cap vers Portimao au sud du Portugal.

Ce fut en quelque sorte notre deuxième déconvenue car de cinq cents milles marins, le trajet passait à seulement quatre-vingt-dix. Autant dire, beaucoup trop d’attente pour trop peu d’avancée… Surtout, le voilier ne partait toujours pas. En cause un colis que le couple attendait et qui, lui aussi, prenait son temps. Nous rongions notre frustration.

Après une semaine, Gytan partit enfin. Nous fîmes le trajet de nuit tandis que les enfants dormaient, ce qui nous offrit l’occasion d’effectuer notre premier quart et de goûter aux plaisirs nocturnes de la vie en mer. Notre sort restait cependant incertain au moment de mettre pied à terre. Constance et Guillaume nous avaient bien proposé de poursuivre avec eux mais nous n’avions aucune certitude sur la date du départ. Il faudrait sans doute attendre une semaine encore, peut-être plus, avant de sentir à nouveau l’air du large, et rien ne garantissait non plus d’un changement brutal des plans comme ce fut le cas pour l’île de Madère. Guillaume évoquait d’ailleurs l’idée de passer par le Maroc pour raccourcir le temps passé en mer. Un tel détour risquait bien de crucifier nos espoirs d’atteindre les îles Canaries avant le début de la saison. Ricardo, en marin d’expérience, savait que la meilleure période pour trouver un passage outre-Atlantique approchait. Nous étions dans les temps, nous avait-il confié, mais nous ne devions pas traîner. Or justement, depuis deux semaines, nous trainions.

Trouver un autre voilier devenait chaque jour davantage une solution à envisager. Aucun bateau néanmoins n’était sur le point de partir, la tendance était plutôt à se calfeutrer au fond des ports, derrière les digues et n’importe où à l’abri loin du large. Des vents violents aux rafales dépassant les cinquante nœuds étaient annoncés sur toute la côte portugaise. C’était la tempête Ophélia qui s’abattait sur l’Europe et bien qu’elle passât beaucoup plus au nord, en direction de l’Irlande, nous en ressentions là les terribles répercussions. Pendant deux jours, le vent souffla sans relâche, faisant trembler d’effroi les voiliers les plus exposés en bout de ponton. Aucun navire ne partirait avant une semaine, nous assurait Guillaume, une manière de justifier sa décision de repousser à nouveau le départ de Gytan de cinq jours. Au vu des bourrasques qui déferlaient, on ne pouvait toutefois pas lui reprochait un tel excès de prudence.

Portimao seadoo
A Portimao, l'adorable Hervé, voisin de ponton, nous offre une virée pour le moins inoubliable!

L’attente forcée par les conditions climatiques nous laissait dans l’embarras. Fallait-il se mettre en quête d’un nouvel embarquement puisque de toute évidence aucun bateau n’était prêt à larguer les amarres ? Dans le doute, nous décidions de reprendre nos sacs à dos et d’explorer les environs. Après tout, les Algarves méritaient bien aussi quelques virées touristiques. Nous nous rendîmes en chemin au port voisin de Lagos avec l’espoir d’y rencontrer quelque capitaine en recherche d’équipiers. Nous y retrouvions surtout Miri qui, à notre grande surprise, s’apprêtait à partir dès le lendemain pour les Canaries. Elle n’était pas seule, quatre autres voiliers étaient eux aussi en partance. Ralf, pourtant peu avare de précaution, nous assurait que la mer était bonne à présent que la tempête était passée, il n’y avait aucune raison d’attendre davantage.

Nous tombions groggys, comme assommés par les paroles de Ralf. De retour à bord de Gytan, nous fîmes part des observations avisés de notre ancien capitaine à Guillaume mais ce dernier n’y prêta guère attention. Au contraire, il songeait à repousser le départ de deux jours supplémentaires. C’en était trop, cette inertie nous devenait insupportable. La frustration qui nous rongeait depuis deux semaines laissa place à une profonde colère. Pas tellement contre l’équipage du Gytan puisqu’après tout ils prenaient leur temps comme quiconque en vacances l’aurait fait. Mais contre nous-mêmes surtout, car c’était bien notre faute ; il n’avait pas fallu autant tarder à réagir. Heureusement, le sort sembla disposé une nouvelle fois à nous donner un petit coup de main.

 

A suivre...

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